J’ai ce souvenir très précis dans lequel je suis assise en classe. J’ai 15 ans, une timidité débordante et j’écoute Reynald nous chanter les louanges de l’algèbre. Alors que «je devrais» écrire les formules enseignées, je note plutôt cette idée : « écrire un livre avant mes 30 ans ». Et aussi quelques rêves que je veux réaliser.

AVANT d’atteindre la trentaine. Ce chiffre représentait l’âge auquel on se réalisait dans ma tête de jeune fille. Et je croyais que je deviendrais une personne totalement différente une fois rendue-là. Ça me paraissait si loin.

L’adulterie, (si j’étais une écrivaine qui se prend au sérieux, j’écrirais plutôt «le monde des adultes», parce que le mot «adulterie» n’existe pas dans le sens où je l’entends, mais j’adore comment ça sonne), donc, l’adulterie, en plus de revêtir un air sérieux, venait également avec des épaulettes, toujours dans mon imagination.

Aujourd’hui j’ai 35 ans, je porte des jeans troués pour travailler, je suis allergique aux pantalons «propres» et je pourrais facilement me faire «carter» si je ne trimbalais pas mes trois minis partout avec moi. Voilà, c’est fait. Je suis devenue grande sans même m’en rendre compte.

Comme bien des gens, je me questionne sur ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant. Je n’accorde pas d’importance outre mesure à ce qui est in, mais je ne fais pas exception au développement de l’adulte en psychologie.

Je me questionne sur ce que je n’ai pas fait encore, ce que j’aimerais faire, où je voudrais aller, le temps qu’il me reste… Toutes les réflexions profondes qui viennent avec le truc me passent par la tête. Le truc étant la crise de vie, j’imagine, puisque je ne me sens pas en crise non plus. J’avoue que sur ce dernier point (le temps devant moi) j’évite de m’étaler. Je me demande surtout QUAND je deviendrai grande et SI, je deviendrai grande. Grande au point d’incarner cette personne que je croyais devenir en vieillissant.

Et plus je réfléchie, plus je me rends compte que je suis déjà cette femme-là.

Je ne souffre pas de dédoublement de personnalité, je SUIS toutes ces versions de moi. Je suis cette force que j’admire tant chez mon amie, je suis cette douceur que j’apprécie chez une autre, je suis grande, au sens figuré, comme toutes ces personnes que j’aime et que j’admire. Je suis aussi semblable à Véro. Je suis fantastique. J’aime Véro, comme 90 % de la population québécoise, que veux-tu ! Et tu peux sortir une fille de la radio, mais pas la radio de la fille.

J’ai délà lu et j’aime penser que ce qu’on admire chez les autres sont en fait des reflets de qui nous sommes. C’est beau, hein quand on s’y attarde ? Ça fesse. Attention, je m’apprête aussi à te citer un poète français mort en 1977.

PLUS TARD, CE SERA TROP TARD, NOTRE VIE C’EST MAINTENANT. Jacques Prévert

Plutôt que d’avoir le vertige devant tous ces aspects que nous souhaitons devenir, incarner, faire, pourquoi ne pas accepter d’ÊTRE toutes ces versions de nous en même temps ?

Qu’est-ce que ça change ?

Je crois, et voilà une réflexion bien personnelle, qu’accepter d’ÊTRE vient avec une nouvelle responsabilité et c’est là que ça peut devenir moins sexy pour certains :

Accepter que nous avons déjà TOUT en nous pour s’accomplir, c’est aussi admettre que nous possédons cette responsabilité de se réaliser. Ce qui explique pourquoi, à l’âge de 30, 40 ou 50 ans, nous n’ayons pas accompli ces grandes choses dont nous rêvions plus petite. Parce que nous ATTENDIONS de devenir PLUS pour que quelque chose se passe, nous attendions d’être prêtes, alors que nous l’étions déjà. Nous faisions passer la peur en priorité plutôt que soi.

T’es-tu déjà observé, quand tu as peur ? Tu n’as plus 35, 45 ou 55 ans. Quand tu as peur, tu te sens toute petite.

Et si tu donnais toute la place à la grande, plutôt qu’à la petite, qu’est-ce que cela changerait ? Imagine ce que tu serais capable de faire…

Moi quand je serai grande, je serai écrivaine, coach pour écrivaines, conférencière et éditrice. Idéalement, je serais Capitaine Marvel, mais elle est déjà prise. Quand je serai grande, je serai une guerrière.

As-tu envie toi aussi d’en être une ?

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